Christophe

Rameur handisport et coordinateur sourcing

Je suis né à La Celle-Saint-Cloud en région parisienne. Mon premier contact avec le sport a été à l’école, de façon joyeuse avec mes camarades. J’ai d’abord été nourri par le monde du football avec un grand père supporter de Saint Etienne. J’ai un peu joué en club et, surtout, j’ai gardé la flamme : “Allez les verts pour toujours !” (Rires).

Si je peux montrer qu'avec un handicap on peut vivre de belles choses, ce sera gagné.

Plus jeune, je me souviens que je préférais courir que marcher. J’ai toujours été très actif, et, à l’armée, mon surnom c’était Speedy Gonzales.

Et puis il y a eu mon accident. A 23 ans, pendant mon service militaire, je suis descendu du train alors qu’il redémarrait. Mon sac s’est alors coincé dans mon dos et j’ai perdu l’équilibre. J’ai dû être amputé des 2 jambes, à gauche au niveau fémoral et à droite au niveau du tibia.

C’est seulement au bout de quelques jours que l’on réalise qu’on doit repartir. Avoir fait du sport enfant et adolescent m’a forcément aidé dans l’envie de relever des défis et notamment celui, essentiel pour moi à ce moment-là, de réapprendre à marcher le plus vite possible. Il a fallu s’adapter au port des prothèses. On les porte 15 mn puis un peu plus longtemps où la grande difficulté est de trouver l’équilibre. On réalise alors que le cerveau est une formidable machine. J’ai développé de nouveaux repères et, petit à petit, j’ai réappris à marcher sans béquilles.

Après mon accident, j’ai cherché en priorité à retrouver une stabilité familiale et professionnelle. J’ai repris mon activité dans un cabinet d’expertise comptable puis je suis entré au groupe Crédit Agricole. Mais le sport me manquait. Et à l’âge de 40 ans j’ai commencé à regarder quel sport pourrait me convenir.

Je me suis intéressé au cyclisme et à la course à pied mais c’était difficile pour un double amputé. C’est un peu par hasard que j’ai découvert qu’on pouvait faire de l’aviron au club de Boulogne 92.  Je l’ai d’abord pratiqué pour travailler mon cardio et puis j’ai commencé à être performant. Je me suis alors rapidement pris au jeu en m’entrainant davantage pour les compétitions. Je me rappelle d’une phrase d’un rameur en fauteuil qui disait : “ce que j’aime bien avec l’aviron, c’est qu’une fois dans le bateau, on est tous à la même hauteur”. C’est ce que j’aime aussi, l’aviron permet de mettre au même niveau les valides et les handicapés. Et l’objectif c’est maintenant les J.O. Avec Perle Bouge, ma partenaire dans le double mixte catégorie PR2 (les athlètes qui rament avec les bras et le tronc). Nous avons qualifié le bateau grâce à notre médaille de bronze l’an passé aux Championnats du Monde et il reste à désigner l’équipage qui va partir à Tokyo. Je suis a priori le mieux placé mais je vais continuer à travailler pour ne pas laisser passer l’occasion.

Je vis vraiment le sport comme une école de la vie parce qu’il contribue à mon équilibre au quotidien. Grâce à l’aviron, grâce au sport de haut niveau, je suis sans doute plus rigoureux, plus combatif, plus ambitieux et plus soucieux de la performance. Et puis il y a une vraie envie de transmission. Au Crédit Agricole, on met en avant mon projet de participer aux Jeux Paralympiques de Tokyo et j’ai pu croiser lors de conférences des collaborateurs en situation de handicap qui se reconnaissent dans mon histoire. Si je peux, par le sport et mes performances, montrer que l’on peut avec un handicap vivre de belles choses, pour moi ce sera gagné.

Le podcast de Christophe Lavigne

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