Anne-Sophie

Championne du monde de boxe et formatrice

38 ans

J’ai grandi à Reims. Mon grand père judoka aurait bien aimé que je m’entraîne avec lui mais je n’ai pu pratiquer aucun sport de toute ma jeunesse. On m’a détecté rapidement un Spondyolisthésis, autrement dit il me manque un petit coussinet entre les vertèbres et le sport m’était absolument défendu tant que je n’avais pas fini ma croissance. C’est donc seulement à 21 ans que je me suis mise au sport !

La boxe m'a montré qu'il ne faut pas se fixer de limites. Il faut s'écouter et foncer.

Championne du monde

Le déclic pour moi ça a été un meeting de boxe dans mon village à Vitry Les Reims. J’ai vu l’un des deux boxeurs traverser la salle pour se rendre sur le ring. J’imaginais ses frissons, en sachant qu’il allait peut-être aussi prendre des coups quelques minutes plus tard. J’y ai vu de la fierté, de l’orgueil, et ça m’a donné envie de faire à mon tour de la boxe. A mon arrivée dans mon premier club, ça n’a pourtant pas été simple. Je suis quelqu’un de très féminin et, ce jour-là, je portais des bottes et j’avais les cheveux très longs avec des extensions. Immédiatement les dirigeants du club ont pensé que j’allais perturber les garçons. Ils m’ont donné ma licence mais en se disant que j’allais laisser tomber parce que personne ne viendrait s’occuper de moi à la salle. Mais je n’ai pas craqué, je continuais à faire mon footing seule dans mon coin et, au bout de 2 semaines, l’entraîneur s’est finalement approché pour me faire travailler. Il a vu que j’étais motivée et il a passé de plus en plus de temps avec moi au point de devenir mon entraîneur de toujours, celui qui m’a menée à mes 6 titres de championne du monde.

Il faut s’écouter et foncer !

La boxe m’a énormément apporté parce que je suis sur 220 V. En terminale, je n’étais jamais fatiguée, j’aimais bosser mes cours jusque très tard, puis j’allais travailler dans une pizzeria en soirée. Avec la boxe, d’un seul coup c’est devenu plus simple, un bon entraînement et on est crevés (sourires). Ca m’a vraiment apaisée et canalisée. Ca peut surprendre mais je ne suis pas spécialement douée pour la boxe. Techniquement, il y a des filles bien meilleures que moi, mais j’ai un gros coeur. Je ne lâche rien, je suis généreuse et c’est comme ça que j’ai réussi à décrocher des titres. Le sport m’a montré qu’il ne faut pas se fixer de limites. Il faut s’écouter et foncer. Après, on se ramasse ou pas mais, au moins, on a essayé.

Je défends l’idée de respect auprès de mes élèves

Parallèlement à la compétition et à mes activités d’entraîneuse de boxe, je suis devenue maîtresse, puis aujourd’hui formatrice auprès d’enseignants, après avoir été longtemps professeur en collège auprès d’étudiants en difficulté. Ca me plaisait de pouvoir les aider et leur redonner goût aux études. Comme toujours j’aime ce qui est difficile, ça me motive. Pour moi, les valeurs de la boxe, c’est la rigueur, le sérieux, la détermination, et une forme de victoire de l’esprit sur le corps parce que l’on prend des coups mais que l’on va quand même jusqu’au bout. Et je n’oublie pas le respect. A la pesée, je déteste faire le show et regarder l’adversaire de travers, parce que je la respecte. Je défends aussi cette idée de respect auprès de mes élèves. Quand à la place des femmes dans la société ils savent qu’il ne faut pas me chercher sur ce terrain. Ça a été difficile pour moi en tant que femme dans le milieu de la boxe et j’essaye de faire en sorte que les garçons s’ouvrent à la tolérance. Je retiens d’ailleurs une belle histoire. Il y avait une de mes élèves filles qui voulait devenir charpentier et les gamins de ma classe m’ont dit : “vous, vous êtes bien boxeuse, pourquoi elle ne pourrait pas devenir charpentier ?” et elle a été soutenue par l’ensemble du groupe. Ça fait plaisir !

Le podcast d’Anne-Sophie Da Costa

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