Abdoulaye

Ex basketteur pro et Fondateur de la Younus Academy

48 ans

Je suis originaire du Sénégal, j’ai grandi à Taïba à environ 100 km de Dakar. Le sport a commencé pour moi là bas par le foot de rue avec les copains. Et puis, à 10 ans, je suis parti pour la France. Ma famille s’est installée à Grigny dans l’Essonne. Il faisait froid quand on est arrivés et, plutôt que de jouer au foot dehors, on est partis avec mon grand frère, Bouna, jouer dans un gymnase. Et on s’est très vite passionnés pour le basket. Voilà la petite histoire: le froid nous a orienté vers la salle !

Ce que j'essaye de transmettre aux jeunes c'est la persévérance et ne jamais rien lâcher !

Le sport permet de mieux comprendre l’autre

J’ai commencé à jouer en club et, à l’âge de 17 ans, je suis parti faire un stage de basket aux Etats Unis, à Pittsburgh. C’est là que j’ai découvert ce qu’était la compétition et travailler dur. J’en ai profité aussi pour acheter un poster grandeur nature de Michael Jordan ! (sourires). J’ai joué jusqu’en Pro B dans plusieurs clubs comme ailier ou meneur de jeu et c’est grâce au sport que j’ai découvert la culture française. Par exemple, en arrivant à la JDA Dijon, il y avait un chant pour célébrer chaque victoire. Au départ j’ai eu du mal à m’y mettre et puis 2 mois après on chantait avec tout le monde (sourires). On était plutôt funky avec mon frère et on s’est mis à découvrir U2 et la chanson française, il y avait les voyages, la mixité ! Le sport permet de mieux comprendre les autres.

La reconversion comme éducateur

A 30 ans, ça a été une décision facile pour moi de reprendre les études. J’ai eu mon diplôme d’entraîneur, j’ai suivi une formation de comptabilité et j’ai vite réalisé que ce que j’aimais c’était le côté social, accompagner les jeunes, leur transmettre de belles valeurs tout en utilisant le sport. J’ai eu le déclic de monter mon académie après un séjour à Grigny. Ca faisait 20 ans que je n’y avais pas mis les pieds et, à l’entrée de la Grande Borne, il y avait plein de cars de CRS. J’ai halluciné en réalisant comment les choses avaient évolué dans les quartiers, tous ces jeunes qui finissent en prison à Fleury-Mérogis, les familles monoparentales, les jeunes livrés à eux même, la drogue. Avec mon frère, on s’est dit qu’il fallait qu’on fasse quelque chose. Ca s’est précisé en rentrant à Bordeaux où j’habite. J’ai du m’interposer dans une bagarre entre 2 adolescents en bas de chez moi. Et là j’ai réalisé que beaucoup de structures sportives étaient fermées pendant les vacances. Enormément de jeunes étaient désœuvrés, j’ai donc proposé un deal à ces ados: “On va faire du sport tous les jours, mais à une condition, avant le sport on bosse les devoirs pendant une heure !”. C’est naturellement comme ça que s’est montée la Younus Academy, on accompagne les jeunes des quartiers dits sensibles, à travers des activités sportives ou culturelles parallèlement à de l’accompagnement scolaire.

Ne jamais rien lâcher

Il y a plein de choses que je cherche à transmettre parce que c’est ce que le sport m’a appris: ne jamais lâcher, ne jamais perdre espoir, croire en son rêve et foncer. Nous, on travaille avec des partenaires, des entreprises, la mairie de quartier et il y a de belles réussites. Je prends l’exemple de Youssoupha, un jeune bachelier qui ne trouvait pas sa voie. Avec l’académie, il a fait du bénévolat puis on l’a embauché comme animateur sportif, il a passé son diplôme d’entraîneur et aujourd’hui il a été embauché par le collège du Grand Parc à Bordeaux. Je pense que le sport devrait prendre plus de place dans notre modèle de société, notamment à l’école, parce que ça fédère et que ça donne envie aux enfants d’aller de l’avant.

Le podcast d’Abdoulaye Ndiaye

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