Marinette

Ex-attaquante de l’Équipe de France et directrice de la Football Académie.

43 ans

J’ai grandi à Brienne-le-Château, dans l’Est de la France. C’était un contexte difficile pour ma mère, ma sœur et moi, avec un père violent et alcoolique. J’ai quitté l’école assez tôt et le sport a été essentiel pour moi. Il m’a permis de trouver des repères, un but dans l’existence. Le coup de coeur pour le football est venu vite.

À l’âge de 5 ans, j’ai entendu dans la rue des parents encourager leurs enfants qui criaient de joie, ballon au pied. Et là, je me suis tournée vers ma mère en lui disant : « Je veux faire ça ! » (sourires). C’est révélateur des stéréotypes de l’époque, je pensais au fond de moi que le football ça ne pouvait pas être pour une fille. Mais l’éducateur a rigolé et il m’a tendu une chasuble.

J’ai obtenu ensuite des dérogations pour jouer en compétition avec des garçons et, à l’âge de 16 ans, j’ai intégré l’équipe féminine de Saint-Memmie, à 80 km de chez moi.

Le sport reste 70% de la construction de la femme que je suis devenue.

J’ai joué à plein de postes différents, et puis un jour, la révélation, j’ai joué en attaque en sélection Champagne Ardennes. J’ai marqué et j’ai trouvé ça génial ! Tu as l’impression d’exister, d’être importante pour tes équipières, tout l’opposé du contexte paternel. Et une fois que tu y as goûté, tu ne peux plus t’arrêter.

J’ai enchaîné les buts et remporté le titre de championne de France avec Juvisy en 2006 après une aventure aux États-Unis où j’ai remporté un titre avec les Wildcats du New Jersey. J’ai joué aussi très jeune en Équipe de France. Mon bilan de buteuse sous le maillot tricolore c’est 81 buts en 112 sélections. J’espère qu’Eugénie Le Sommer battra mon record pendant la Coupe du Monde !

J’ai appris tellement grâce au football sur l’abnégation, la rigueur et une forme d’ouverture au monde. Le sport reste 70 % de la construction de la femme que je suis devenue. Mon coming out est venu naturellement parce que je n’aime pas mentir et, si ma voix peut aider des filles qui souffrent de l’étroitesse d’esprit de leurs parents ou de leur entourage, alors, c’est une bonne chose.

Aujourd’hui, à travers ma Football Académie, je cherche surtout à transmettre des valeurs qui m’ont sauvée dans le sport et principalement la confiance. C’est ce qu’on fait mes éducateurs sportifs : ils ont cru en moi et, à travers leur regard, j’y ai cru. Ce message doit servir à toutes les filles, en compétition mais aussi pour un entretien ou au boulot. Je veux qu’une femme puisse se dire qu’elle est capable de tout faire, avec l’envie de découvrir ses limites mais surtout ses capacités.

Le podcast de Marinette Pichon

00:00 / 00:00