Côté judo

Arbitrage 2.0

Olivier Desroses
42 ans, 4e dan, arbitre mondial, Loiret

Le judo m’a appris ce qu’est un objectif, ce que veut dire le mot sacrifice, à savoir prendre une décision…

Élevé en Guyane, poussé dans un dojo par un emploi du temps scolaire qui venait contrarier ses appétits de jeune footballeur, ce cadet d’une famille de quatre enfants est d’abord parti sur un « pourquoi pas » en sport-études à Orléans. Il a quinze ans.

« À 8 000 km de chez moi, dans un environnement totalement différent, avec le froid notamment. Petit parmi les grands d’une génération où il y avait des Ferrid Kheder, Daniel Belliard, Guillaume Avril… j’ai appris la vie de groupe, à être un bon partenaire, à trouver des petites victoires là où il y en avait, à ne pas baisser la tête. »

« Toujours plus études que sport », maîtrise d’informatique en poche, Olivier Desroses n’est jamais devenu champion. « Mais, franchement, je ne sais pas ce que je pourrais être sans le judo. Il m’a appris ce qu’est un objectif, ce que veut dire le mot sacrifice, à savoir prendre une décision, à tomber, se relever, à prendre la parole devant un public… »

Avec l’arbitrage comme fil rouge d’un accomplissement personnel. L’arbitrage ? « Un hasard. Je l’ai découvert à la fac deux mois après la rentrée. André Delvingt, qui enseignait alors à l’université, m’a dit « il n’est jamais trop tard ». Honnêtement, je ne savais pas ce que je venais chercher. J’y ai vu un rôle différent, où tu ne gagnes jamais, où tu es surtout là… pour que l’on ne te voie pas et que les combattants s’expriment. Un rôle avec beaucoup de pression aussi. » Il a trouvé sa voie, avec une vraie exigence. « Quand on commence quelque chose, on va jusqu’au bout et on le fait bien. Sinon, ce n’est pas la peine. C’est ce qui m’a poussé à passer les étapes : département, région, zones, niveaux national, européen puis mondial. J’ai appris à dépasser mes limites, je me suis enrichi humainement avec des centaines de rencontres. »

Paris, Düsseldorf, Bakou, Santiago du Chili, Hohhot, Vladivostok, Maribor… Douze déplacements rien qu’en 2017, soit presque 50 jours loin de sa femme et de ses trois enfants, à épuiser congés, RTT quand ce n’était pas quelques jours sans solde. 2018 sera différente. Car celui qui est n° 3 à la ranking nationale bénéficie, depuis le 1er janvier, d’une Convention d’Insertion Professionnelle, le dispositif réservé aux sportifs de haut niveau. Une première pour un arbitre ! « Grâce à l’écoute de mon employeur, une grande enseigne de jardinerie (où il est responsable de la cellule informatique), et au soutien de la ligue Centre Val-de-Loire, je vais désormais pouvoir bénéficier de trente jours de mise à disposition. » Pour un destin olympique ? Les mois qui viennent le diront.

Rédaction par la revue l’Esprit du Judo

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